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Por los Chicos

Dakar, les enfants perdus de Thiaroye
Déjà, à peine sortis de la baie de Hann, nous voila à Thiaroye. Nous sommes toujours sur la plage qui longe l’Atlantique, mais dans un quartier de pêcheurs d’où partent les pirogues, les “pateras”, à destination de l’Europe. Des pêcheurs sont en train de fabriquer de nouvelles pirogues : elles sont immenses, sans doute pour affronter le très grand large. Un voyage au long cours jusqu’aux Canaries est peut-être à l’ordre du jour.
Sur la plage, de jeunes lutteurs couvrent leurs corps de sable. Ils font des pompes sur le sable mouillé. Avant de commencer les combats matinaux. Au Sénégal, la lutte est une institution. Les grands lutteurs sont considérés par certains comme des “demi-dieux”. Les meilleurs d’entre eux font fortune grâce à leur art. Ils gagnent des milliards de francs CFA.

Nous quittons la plage. Et nous enfonçons dans la ville, au milieu des maisons de pêcheurs. Nous passons devant les locaux très modestes d’une association qui se bat contre l’immigration clandestine. Thiaroye a perdu des centaines de ses fils et de ses fillles dans des naufrages. A deux pas de là, une main anonyme a inscrit un graffiti à la gloire de Barack Obama « Yes, we can ».

L’un des gamins de Thiaroye, âgé de quinze ans, explique que les mentalités commencent à changer. « Avant ma mère voulait me forcer à monter sur les pirogues. Quand je lui disais que je risquais de mourir, elle répondait qu’elle préférait un fils mort plutôt qu’un enfant qui ne lui sert à rien dans la maison ». Maintenant, elle a cessé de me répéter ça. Trop de fils du quartier ne sont jamais revenus ».

Les représentants de l’association tiennent le même discours rassurant. Les jeunes du quartier ne se précipitent plus dans les pirogues. « Ils deviennent prudents. Mais aussi ceux qui ont réussi la traversée, n’hésitent plus à leur dire que c’est devenu très dur en Europe », explique une mère de famille.

Ségolène Royal en campagne électorale s’était rendue à Thiaroye. Elle avait discuté avec des parents des disparus et des responsables d’association. Cette visite a d’autant plus marqué les esprits que Royal est native de Dakar.

Nous traversons les rues sableuses du quartier de Thiaroye plage et nous rejoignons la route principale. Elle est goudronnée : elle vient de Dakar, la capitale et mène à la ville de Rufisque. Coups de klaxons. Nuages de poussière et de gaz d’échappement mélangés. La plupart des “cars rapides” sont dans un état effrayant : ils datent parfois des années soixante.

Nous respirons difficilement. Je tousse. J’éternue. Je suffoque. Les trois kilomètres restant jusqu’à Diacksao sont très difficiles à parcourir au milieu d’un trottoir encombré de passagers de cars, de charrettes, de piétons accrochés à leur téléphone portable ou à leur journal.

Enfin, j’aperçois le panneau jaune et bleu d’une usine de matelas. C’est là qu’il faut tourner, quitter la grande route cahotique. S’enfoncer à nouveau dans le sable. Recroiser les cars rapides et les charrettes à cheval. Enfin une maison calme. Abritée derrière une petite cour intérieure. Un salon avec un ventilateur, des rideaux et un canapé en cuir. Des dizaines d’enfants viennent me dire bonjour. Me taper dans la main.

Un hâvre de paix bien méritée. Nous allons manger par terre. Sur le tapis, des petits bancs de bois clair sont positionnés autour d’un plat argenté recouvert d’un torchon. Le tissu se soulève : un tiéboudjène. Du riz au poisson, le plat national sénégalais.

La source:  Press Afrik.
 
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